Chers Ibrahim et Saïd,

Publié le par Illyria

Je vous ai rencontrés par un hasard, un midi au soleil. Je m'étais posée à côté des grands immeubles de votre "cité", je me promenais tranquillement en regardant les pâquerettes qui parsemaient l'herbe verte du parc, et vous êtes venus me parler, abandonnant la poussette avec laquelle vous jouiez. Je ne sais pas quel âge vous avez, je dirais 8, 9, 10 ans, mais vous êtes jeunes, vous n'êtes encore que des enfants.

Vous m'avez parlé avec enthousiasme, en ponctuant vos phrases de "Madame". Vous étiez vifs, énergiques, vous faisiez plaisir à voir. Votre énergie et votre intérêt m'a fait sourire, m'a fait du bien. Vous êtes deux jeunes enfants qui ne demandent qu'à s'amuser, qu'à apprendre, qu'à être heureux. Vous m'avez posé des questions, si j'habitais chez mes parents, quel travail je faisais, si j'avais un chien, un chat... Vous avez été surpris par la peluche sur la plage arrière de ma voiture, mais elle vous a fait rigoler, et l'avez apprivoisée. Vous avez été enthousiasmés par le mini réveil posé sur le tableau de bord de ma voiture. Ce n'était qu'un simple réveil, mais pour vous il avait l'air d'être un objet fantastique. Votre enthousiasme faisait plaisir à voir. Dans mon coffre, j'avais un jeu de société. Vous l'avez vu, vous avez été intéressés, et vu votre enthousiasme j'ai accepté de vous le prêter pour l'après midi comme je ne m'en sers plus. Je prenais un risque, mais au pire il servira au moins à quelqu'un et fera le bonheur de ces personnes... 

Vous sembliez être deux enfants avec un bel avenir dans la vie. Mais vous m'avez aussi parlé des grands de la "cité" qui se faisaient courser en quad par la police. La police que vous aviez l'habitude de voir dans ce quartier. La "PJ", la "BAC" qui faisait parfois des descentes. Mais vous, vous saviez comment réagir. On vous avait déjà appris à dire "nique la police", à les insulter, à avoir la haine contre eux. Déjà. Vous m'avez parlé d'un grand qui avait préféré jeter une moto à l'eau plutôt que se faire prendre par la police.  Et oui, ils volaient des motos. Et vous m'en avez parlé avec le sourire, avec enthousiasme, avec insouciance. Presque avec admiration. Comme si c'était normal pour vous. Comme si c'était le chemin à suivre et que vous saviez que vous aussi vous alliez suivre cette voie là. 

Comme convenu, je suis revenu en fin d'après midi, après mon travail, pour reprendre mon jeu. Et vous êtes revenus, vous me l'avez rapporté. Vous avez été fiables, dignes de confiance. Vous avez passé un bon moment en jouant, et votre sourire m'a réchauffé le coeur. Alors je suis partie, en ayant un souvenir en mi teinte de notre rencontre. Oui vous avez été des enfants intéressants à rencontrer, et j'ai été ravie d'échanger avec vous. Mais je pense aux influences dans lesquelles vous vivez, à ces grands qui ont de l'impact pour vous, qui sont un modèle, et ça me rend triste. Triste de savoir que vous avez de grandes chances de suivre un mauvais chemin dans la vie, que celui-ci sera semé d'embuches. 

Ibrahim, Saïd, j'espère me tromper. Je vous souhaite d'être heureux et d'avoir une vie épanouie, vous le méritez. Vous valez mieux que ça. 

Son : Medine - Don't panik

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Source http://fluctuat.premiere.fr/Expos/News/Photos-la-choregraphie-des-nuees-d-oiseaux-3889826

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Publié dans écriture, apprendre

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